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QUI SERA TUÉ DEMAIN ?

(IL MOSTRO

Un film de Luigi Zampa
SYNOPSIS

Un journaliste, écrivant dans une revue féminine où il s’occupe du courrier des lecteurs, reçoit un jour une étrange lettre anonyme qui lui annonce le meurtre d’une célèbre personnalité de la télévision. C’est le début, pour lui, d’une dramatique aventure…

Avec J. Dorelli, S. Rome, G.M. Volontè, R. Palmer

Italie – 1977 – 1h34 – Couleur

EN SALLE LE 02 DÉCEMBRE 2026

BIOGRAPHIE

Le réalisateur Luigi Zampa a été un observateur pessimiste de la société italienne de son époque, au fil d’une filmographie contrastée naviguant entre comédie populaire et critique sociale acérée.

En 1941, il tourne son premier long métrage, Attore scomparso. Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale, dans le sillage du courant néoréaliste italien, qu’il se fait connaître en signant plusieurs films dont la gravité du propos n’exclut pas l’humour. Vivre en paix en 1946, est une tragi-comédie teintée d’absurdité qui met en scène, dans un petit village des Apennins, à la veille de l’armistice, des soldats ennemis fraternisant un peu trop tôt.

Les premiers films de Luigi Zampa appartiennent à une veine ironique et grinçante. Mêlant mélodrame et comédie de moeurs, le cinéaste pose un regard sans concession sur la société italienne des années du fascisme et de l’Après-guerre. Avec pour scénariste l’écrivain Vitaliano Brancati (qui adapte à l’écran son propre roman), il réalise en 1947 Les Années difficiles. Le film narre les mésaventures d’un petit fonctionnaire sicilien qui, contraint d’adhérer au Parti fasciste sous Mussolini pour conserver son emploi, sera renvoyé à la Libération par celui-là même qui, autrefois, l’avait forcé à s’y inscrire. La même année, Zampa tourne L’Honorable Angelina, avec l’actrice Anna Magnani dans le rôle d’une femme du peuple qui prend la tête d’une révolte contre l’incurie des pouvoirs publics italiens à la fin des années 1940.

Durant les années 1950, Luigi Zampa poursuit sa description féroce d’une société dans laquelle le profit généré par le miracle économique corrompt toutes les classes sociales : c’est une jeune prostituée que sa mère tente de faire épouser par un riche bourgeois (La Belle Romaine (1954), d’après Alberto Moravia). Ou encore un prince sans le sou (Vittorio Gassman) qui fait la cour à une fille du Texas qu’il a prise pour une richissime Américaine (La Blonde enjôleuse en 1957). Dans la même veine, Luigi Zampa tourne en 1953 (retrouvant le scénariste Vitaliano Brancati) le film Anni facili, où l’on assiste au processus de corruption d’un honnête professeur sicilien. Le réalisateur aime mettre en scène la lâcheté et l’opportunisme de personnages ne s’encombrant pas de scrupules pour réussir leur ascension sociale ou politique. L’acteur Alberto Sordi incarne magistralement une de ces figures. En 1954, dans L’Arte di arrangiarsi (que l’on peut traduire par ” l’art de se débrouiller “), il interprète Rosario Scimoni, un secrétaire de mairie sicilien qui s’accommode de toutes les situations politiques, tour à tour socialiste, puis fasciste sous Mussolini, enfin communiste au débarquement des troupes alliées. L’acteur Nino Manfredi, dans [Les Années rugissantes] (inspiré de la pièce de Gogol Le Revizor), incarnera en 1961 un agent d’assurance ordinaire que les notables d’un village prennent par erreur pour un inspecteur envoyé incognito par le parti fasciste. Ceux-ci feront assaut de servilité pour devancer ses moindres désirs, en pure perte.

Toujours par le biais de la comédie, Zampa continue de brosser, avec un pessimisme empreint d’élégance, le portrait de l’Italie des années 1960. Il fait souvent appel à des grands comédiens du genre, comme Ugo Tognazzi, Alberto Sordi, ou Nino Manfredi, pour incarner certains personnages profitant avec immoralité de cette période de prospérité économique. Le réalisateur remporte un grand succès avec [Le Gynéco de la mutuelle] (1968), dans lequel Alberto Sordi interprète un médecin idéaliste qui perd ses illusions et finit par escroquer la Sécurité Sociale.

Cependant, ce souci de divertir va de pair avec des prises de positions politiquement engagées. Dans un registre plus dramatique, Luigi Zampa tourne ainsi en 1952 Les Coupables, coécrit avec Francesco Rosi, dont on connait l’engagement politique contre la mafia. Ce film est le premier dans la filmographie de Zampa à aborder de front le sujet de la Mafia italienne, et plus précisément de la camorra napolitaine. Le cinéaste poursuivra dans cette thématique au cours des années 1970 avec un film comme ([Bistouri, la mafia blanche] tourné en 1972. Dans Question d’honneur (1965), il dénonce les guerres de clans et les crimes d’honneur commis en Sicile au nom d’une morale patriarcale archaïque, et dépeint la vie solitaire des immigrés italiens en Australie dans Bello onesto emigrato Australia sposerebbe compaesana illibata (1971).

Les derniers films de Luigi Zampa témoignent d’un assombrissement de sa vision. Abandonnant le registre de la comédie, le cinéaste observe avec amertume la décomposition de l’Italie, sa corruption, l’obscénité des médias et la perte d’une conscience citoyenne. Gente di rispetto (1975), qui traite une fois encore de la mafia, comme de nombreux films italiens de cette période, n’obtient presque aucun succès. Certains critiques considèrent que ce film signe le début du déclin artistique du réalisateur et son dévoiement vers un cinéma plus ” commercial “. [Qui sera tué demain ?] (1977) est un film noir qui se déroule dans le monde de la presse ” people “. Les Monstresses, réalisé en 1978, sera son dernier film. Il est composé de huit sketches d’un humour féroce sur le thème de ” l’éternelle fourberie féminine “. Quatre comédiennes se partagent l’affiche : Monica Vitti en voleuse de bijoux, Laura Antonelli en femme d’affaire, Sylvia Kristel en jeune épouse, et Ursula Andress en veuve.

Luigi Zampa a été un cinéaste engagé, qui a su marier avec bonheur le souci du divertissement populaire avec une critique sociale d’une ironie parfois extrêmement cruelle. Il reste néanmoins moins connu que certains de ses contemporains, célèbres auteurs de ” comédies à l’italienne “, comme Mario Monicelli, Luigi Comencini, Ettore Scola ou Dino Risi.

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