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Prends-moi dans tes bras

(Llévame en tus brazos)

Version restaurée 4K

Un film de Julio Bracho
SYNOPSIS

Pour rembourser les dettes de son père, Rita quitte le village de pêcheurs du Yucatan où elle vivait avec lui et sa sœur. Elle se fait alors exploiter par plusieurs hommes puis rencontre un politicien marié qui l’emmène avec lui à Mexico où elle devient star de cinéma…

Avec Ninón Sevilla, Armando Silvestre, Carlos Lopez Moctezuma, Andrea Palma

Mexique, 1954, 1h32, Visa : 14714

Photographies

Au cinéma le 10 juillet 2024

Ce film bénéficie du talent d’un grand metteur en scène – Julio Bracho – et du directeur de la photographie qui a fait la renommée des films d’Emilio Fernández, Gabriel Figueroa. Leur sensibilité artistique est perceptible dans la qualité plastique de l’image, et dans le soin globalement apporté à la mise en scène, qui a fréquemment recours à des gros plans expressifs pour souligner la portée dramatique des séquences, servies par le jeu appuyé d’une Ninón Sevilla toujours prompte à surjouer l’enthousiasme naïf ou les tréfonds de l’abattement. Il est à noter que l’un des éléments concourant à l’originalité de cette œuvre réside dans son arrière-plan social, et dans l’effort du metteur en scène pour documenter la vie dans l’ingenio dont les machines sont filmées dans des plans à forte valeur documentaire et esthétique. Sa dimension métacinématographique, dans la séquence où l’on voit Rita devenue star de cinéma lors de prises de vue en studio, constitue également une intéressante mise en abîme pour ce genre cinématographique plus habitué des scènes de cabarets que des plateaux de cinéma, ce qui indique bien la place prise par le septième art dans les imaginaires de réussite sociale et artistique au milieu des années 1950, tout en constituant un clin d’œil à la trajectoire de Ninón Sevilla elle-même dans un intéressant jeu de miroirs.

Pour le reste, l’intrigue reprend la structure traditionnelle du mélodrame de cabaret qui voit une jeune fille innocente sombrer dans le péché – dans un possible renvoi au titre du film d’Emilio Fernández. Sa trajectoire personnelle et spatiale l’écarte progressivement d’un environnement familial innocent et rural, où les scènes de fête et de divertissement mettaient en œuvre des rythmes et des chorégraphies collectives du répertoire mexicain populaire, pour la plonger dans le monde de la ville, moyenne d’abord (Veracruz) puis grande (Mexico) et de son mode de vie luxueux, aux antipodes de sa situation d’origine.

Sur le plan musical et chorégraphique, deux éléments sont à souligner dans Llévame en tus brazos. Pour le premier, une fois la métamorphose de Rita-Ninón en rumbera accomplie – elle apparaît sans transition avec le passage du dancing sur une petite scène de cabaret en justaucorps à paillettes – elle danse et chante sur « Caramelito » dont les paroles « je vous apporte des bonbons à sucer » sont plus qu’explicites, étant donné qu’elle effectue son numéro sous les yeux de Gregorio. Juste après, sur le plateau de cinéma, elle interprète sur le double plan vocal et chorégraphique « Vamos chamar o vento », ce qui lui permet d’exploiter par l’intermédiaire de ses costumes et de son maquillage la veine exotique qui a si fortement contribué à sa renommée dans des séquences typiques de la machine à rêves qu’était le cinéma pour ses spectateurs de l’époque, et d’aujourd’hui.

Julie Amiot-Guillouet

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