Les frissons de l’angoisse


(Profondo Rosso)

Un film de Dario Argento

Avec David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia

Italie, 1975, 2h06

Visa 47354

VERSION RESTAURÉE 4K

SORTIE LE 27 JUIN

INTERDICTION AUX MOINS DE 12 ANS

Pianiste de jazz américain installé à Turin, Marc Daly assiste un soir au meurtre de Helga Ullman, une célèbre parapsychologue de passage en Italie. Il tente de lui porter secours, mais en vain. Déclaré témoin oculaire et lui-même victime d’une tentative d’assassinat, il décide de mener l’enquête en compagnie d’une journaliste, tandis que les meurtres se multiplient.

 

 Un chef d’œuvre du triller horrifique incontournable signé par le Maestro Dario Argento, en version intégrale et restaurée.

 

Mise en scène oppressante, scénario labyrinthique, musique lancinante: Dario Argento met nos nerfs à rude épreuve avec ce chef-d’œuvre du thriller horrifique, à la mise en scène baroque dans la grande tradition du « giallo » italien

 « Après trois thrillers à succès qui relancèrent la mode du film à suspens en Italie – les fameux « gialli » – Dario Argento décide de tourner une intrigue policière où les explications rationnelles et psychanalytiques seraient occultées par la folie, l’horreur et le fantastique, dans une mise en scène déchaînée. Il choisit pour cadre Turin, capitale européenne de la magie noire. Les Frissons de l’angoissedemeure l’un des meilleurs films d’Argento et un chef-d’œuvre du cinéma d’épouvante moderne mais c’est avant tout une expérience esthétique hors du commun.

Dans Les Frissons de l’angoisse, Argento prend ses distances avec la notion de réalisme, et même de narration cinématographique classique. Les séquences nocturnes, les plages silencieuses ou musicales, les meurtres sanglants, filmés comme des rituels sadiques annoncent les futurs sabbats psychédéliques de Suspiriaet Inferno. Argento systématise aussi son recours aux inserts macroscopiques sur des objets et fétiches, filmés avec une caméra spéciale, qui symbolisent la psyché perverse du tueur lors de séquences autonomes et musicales.

Argento imagine un monde entre fantasme et cauchemar où le rock hard et répétitif des Goblins, la peinture métaphysique de De Chirico, les tableaux d’Edward Hopper et l’architecture turinoise sont convoqués pour créer un opéra visuel et sonore qui propose en outre une approche sémiologique des images. Argento, cinéaste cinéphile, en s’inspirant de Blow Upd’Antonioni, délivre une pensée intuitive sur l’art, l’illusion et la réalité. Dès son premier giallo, L’Oiseau au plumagede cristal, Argento s’imposait en virtuose maniériste de la peur. Cinéphile, il jouait déjà avec la croyance du spectateur dans les images, en faussant les perspectives et les points de vue.

Argento, avec son approche instinctive du cinéma, n’en demeure pas moins un cinéaste plasticien. Dans ses films la résolution de l’énigme se dissimule toujours dans un élément de décor, un miroir, un tableau, un motif de papier peint ou même une image imprimée sur la rétine. Une image cache une autre image, une surface neutre et plate peut contenir un terrifiant secret. Les Frissons de l’angoisseen offre la démonstration la plus brillante, avec une idée géniale sur laquelle s’ouvre et se referme le film. Les sens du spectateur sont trompés en même temps que ceux du personnage principal. Ce sont souvent d’œuvres d’art, manifestations extérieures d’un inconscient tourmenté, que jaillissent littéralement les pulsions mortelles dans les films d’Argento.

La version intégrale des Frissons de l’angoisse, longtemps invisible en France, est plus longue d’environ trente minutes. Chez nous le film avait été sévèrement tronqué par le distributeur qui l’avait transformé en petit film d’horreur incohérent. Le montage italien restitue les visions du cinéaste dans toute leur splendeur baroque, mais aussi des intermèdes humoristiques où le musicien et la journaliste, détectives en goguette, s’étrillent sur le thème du féminisme, écho lointain de la « screwball comedy » hollywoodienne. »

Olivier Père