Dans la ville blanche

Un film de Alain TANNER

Avec Bruno Ganz, Teresa Madruga, Julia Vonderlin

Suisse/Portugal, 1982, 1H48

Visa: 56952

VERSION RESTAURÉE 4K

PROCHAINEMENT

Cesar du meilleur film francophone

 

Un marin suisse, Paul, fait escale à Lisbonne. Dans un café, il remarque une horloge qui tourne à l’envers. La serveuse qu’il interroge affirme que c’est le monde qui tourne à l’envers. Séduit et intrigué par cette réponse singulière, Paul déserte son poste de mécanicien et s’installe dans un petit hôtel de la ville. Il commence alors un lent voyage en lui-même, armé de sa caméra super-huit. Il envoie à son épouse, Elisa, restée à Lausanne, en Suisse, des cassettes vidéo, où il lui raconte son errance dans la ville blanche et ses amours avec la serveuse..

 

 

« Dans la ville blanche, peut-être son plus beau film, porte à son paroxysme ce désir de fuite : un marin – Bruno Ganz – renonce à sa vie sociale et fait escale à Lisbonne pour une durée indéterminée. A mesure que le récit avance, le personnage va se délester de son identité et devenir un « homme sans qualité », « soumis à tout, ouvert, à l’écoute », un voyageur immobile qui laisse venir à lui tout le réel pour s’y perdre, pour s’y fondre. Sa femme à qui il envoie des nouvelles sous forme de films super 8 tournés à Lisbonne, constate, comme nous, sa métamorphose : le marin se minéralise, devient la pierre du vieux Lisbonne, le rythme d’un tramway, le vent qui souffle les rideaux de sa chambre d’hôtel. Si le film a tant marqué les spectateurs à l’époque, c’est qu’il fixait une pente sensible et sensuelle du cinéma de Tanner que les années post-68 avaient eu tendance à gommer. En effet, pour beaucoup, le réalisateur de La Salamandre et de Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 était le dépositaire doux-amer des utopies de 1968, le style Tanner s’affirmant dans un mélange de légèreté et de gravité autour des grands thèmes de ces années politiques : le travail, le pouvoir, les relations hommes/femmes. Or, cette perception « générationnelle » de son cinéma, outre qu’elle oublie la dimension légèrement désespérée que Tanner a toujours entretenue avec la scène militante des années soixante, passe à côté de l’essentiel : il est avant tout, et dès ses débuts, un cinéaste de la matière et du désir, non des discours et des idées. Le marin mutique de Lisbonne est proche de Charles Dée ou de Rosemonde, magnifique Bulle Ogier dans La Salamandre. Le dernier plan du film qui la montre dans la rue en train de marcher, sourire aux lèvres, annonce les errances de Bruno Ganz : logique de la sensation, de la liberté conquise, ligne esthétique et politique de tout le cinéma de Tanner. »

Frédéric Bas

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